La Neuveville
La petite ville des bords du lac de Bienne présente quelques singularités sous le rapport des procès de sorcellerie. D’abord, la peine de mort s’y effectue plus volontiers par noyade que par le bûcher, comme le montre la sentence prononcée en 1610 contre quatre femmes : « [elles] doibvent estre deslivrees entre les mains de l’Executeur de la haulte Justice qui les menera en la place accoustumee et ilec les faire passer de la vie à la mort par leau et estre noyees et apres estre mises en terre au lieu accoustumé. » Les malheureuses sont donc noyées (dans le lac ?) avant d’être enterrées, probablement sous la potence. L’exécution par noyade est rare, mais se retrouve dans d’autres localités, comme Bâle et Bienne (ou en Erguël, mais seulement pour des cas d’infanticide). Elle permet de faire des économies de bois de feu, tout en conservant la symbolique d’une exécution sous une forme exceptionnelle censée purifier la société. Par ailleurs, le pacte satanique conclu entre les sorcières et le démon est plus sobre que dans d’autres régions : en 1610 par exemple, Marguerite Bourcard avoue simplement « [qu’elle renia] Dieu et print le diable pour son maistre et luy fit hommaige en le baisant sur la main, et [il] la marqua à l’oeuil ». Il n’y a pas de mention de l’abjuration du baptême, ni de l’acte sexuel avec le démon (voir « Copulation démoniaque »), remplacé ici par le baiser d’hommage. Enfin, les cas de poursuites contre des femmes issues de familles localement puissantes, très rares ailleurs, sont anormalement surreprésentés à La Neuveville, ce qui témoigne de l’instrumentation de la chasse aux sorcières dans le contexte local de luttes féroces entre clans de notables. Au détriment des femmes…
Aller plus loin : Pacte : B 168/14-26.5, p. 59 (p. 1 Transkribus), B 168/14-26.6, p. 61 (p. 1 Transkribus), B 168/14-26.7, p. 65 (p. 1 Transkribus) ; sentence : B 168/14-26.3, p. 53 (p. 1 Transkribus) ; B 168/15-32 (procès contre Françoise Gibolet et Jeanne Schad, appartenant à des familles de notables).